Un nouveau sous-marin construit à Cherbourg débute actuellement ses essais en mer. Il s’agit du sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) De Grasse de la Marine nationale.
Ce 24 février, le De Grasse a rejoint la digue du Homet dans le but de débuter ses essais en mer. Dès le lendemain matin, il a gagné une zone au large du port du Becquet afin d'y subir des tests et notamment sa première plongée statique. À l’issue des essais, le SNA sera livré à la Marine nationale et rejoindra la base navale de Toulon où sont affectés l’ensemble de ces sous-marins.
Le De Grasse en mer au large du Becquet, de la passe de l'Est (en bas à g.) et de la passe de l'Ouest (en bas au centre)
Deux arrêtés préfectoraux émis par la Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord ont été publiés.
L’un interdit la navigation, le stationnement et le mouillage des navires, engins et embarcations, la pêche, la plongée et toutes activités nautiques aux abords du sous-marin entre le 25 février et le 13 mars. La zone concernée s’étend sur 1 kilomètre autour du bâtiment en mer et sur 500 mètres au sein des rades.
L’autre permet de faire réguler ces activités nautiques à l’intérieur des rades par la vigie du Homet.
La vigie du Homet arbore le pavillon X-Ray ("Arrêtez vos manœuvres et veillez mes signaux") lors du mouvement du sous-marin à l'intérieur des rades.
Le dispositif de sécurité est notamment composé d'un hélicoptère de l'Armée de l'air et de l'espace, de la vedette Heaume et semi-rigides de la Gendarmerie maritime et de fusiliers marins de la Marine nationale.
Lors des essais, le chaland multi-missions Araignée accompagne le dispositif.
En provenance de Brest, un BSAM (bâtiment de soutien et d'assistance métropolitain), probablement Rhône ou Garonne, a été déployé pour assister le SNA.
Dans l'ensemble des opérations, le SNA est accompagné de remorqueurs affectés à la base navale de Cherbourg. Il s'agit des RPC12 (remorqueurs portuaires et côtiers de 12 tonnes) Saire et Fréhel ainsi que du RP10 (remorqueur pousseur de 10 tonnes) La Mouette.
En plus de ces unités, 3 autres RP10, Le Labbe, Le Fou et Le Gravelot, assistent le De Grasse dans ses manœuvres portuaires.
Afin d’assurer une continuité du service à bord, deux équipages se relaieront. Si l’équipage rouge n’est pas encore composé, l’actuel équipage bleu est composé de 63 membres. Celui-ci est commandé par le capitaine de frégate Owen, ancien commandant du Suffren.
Une partie de l'équipage du De Grasse est visible lors des manœuvres portuaires
Débutée en 2015, la construction de ce sous-marin a été suivie 10 ans plus tard par son transfert vers le dispositif de mise à l’eau. La première divergence de son réacteur nucléaire a eu lieu en décembre dernier. Ce réacteur à eau pressurisée lui permet de garantir un rayon d’action quasiment illimité, dont plus de 2 mois en totale autonomie, et une disponibilité en mer supérieure à 270 jours par an. Sa vitesse maximale est de 23 nœuds en plongée et 14 nœuds en surface.
Le sous-marin se positionne au poste H3 de la digue du Homet, dans le port militaire, en petite rade de Cherbourg
Le De Grasse est notamment armé de missiles antinavires SM-39 Exocet, de missiles de croisières navals (MdCN) et de torpilles lourdes F21. Outre le renseignement et la projection de puissance, l’une des missions principales d’un SNA est la protection de bâtiments sensibles tels que le porte-avions Charles de Gaulle (et prochainement de son futur successeur).
Ce sous-marin peut aussi être équipé d’un hangar de pont de 11 mètres, appelé DDS, pour « dry deck shelter ». Positionné à l’arrière du kiosque (aussi appelé massif) , celui-ci facilite l’accès des commandos marine en plongée tout en évitant d’utiliser les tubes lance-torpilles.
Quatrième des six unités de la classe Suffren, le De Grasse est long de 99,5 mètres pour un diamètre de 8,8 mètres. Après les Suffren, Duguay-Trouin et Tourville, respectivement livrés en 2022, 2024 et 2025, et celui-ci, les nouveaux Rubis et Casabianca devraient être admis au service avant 2030.
Ce programme de nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque, nommé Barracuda, permet de remplacer les anciennes unités, de classe Rubis, progressivement désarmés.
Cette classe devait être composée de 8 bâtiments mais les commandes de 2 d’entre eux, les Turquoise et Diamant, avaient été annulées. Seules 2 des 6 unités construites sont encore en service.
Le dernier retiré de flotte devrait être l’Améthyste, à l’été 2027.
L’été prochain, c’est la Perle qui devrait rejoindre Cherbourg pour y être démantelée. Pour rappel, un incendie majeur avait eu lieu à bord en juin 2020, endommageant la partie avant. Transféré de Toulon à Cherbourg par le navire semi-submersible Rolldock Storm, le sous-marin avait intégré les chantiers de l’arsenal en janvier 2021. La partie avant du Saphir, désarmé à Cherbourg depuis 2019 avait alors été soudée sur la partie arrière de la Perle. Ayant regagné Toulon en octobre 2021, le SNA y avait été modernisé avant de reprendre son service en juin 2023.
Les Rubis, Casabianca et Emeraude sont aussi désarmés à Cherbourg, respectivement depuis 2022, 2023 et 2024.
Tous les sous-marins nucléaires français sont construits et démantelés à Cherbourg. Seul le SNA Casabianca rejoindra Toulon pour être transformé en musée, à l’instar du Redoutable (55 mètres plus long), premier sous-marin nucléaire lanceurs d’engins (SNLE) français, visitable à Cherbourg.
Le SNA Tourville en essais au large de Cherbourg - CherbourgEscale
https://cherbourgescale.fr/2024/07/le-sna-tourville-en-essais-au-large-de-cherbourg.html
Retrouvez l'article sur les premiers essais en mer du SNA Tourville

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